SEMER ET MOISSONNER
« Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. » Galates 6:7
Yves GRAVET
SOMMAIRE
1. INTRODUCTION — ENTRER DANS LE PARTAGE
2. LA SEMENCE CONFIÉE
3. LES PREMIERS FRUITS VISIBLES
4. LES ÉPREUVES DU SERVICE
5. L’APPEL REÇU PAR NOTRE COUPLE
6. L’UNITÉ DANS LE SERVICE
7. LA MATURITÉ ACQUISE AU FIL DES ANNÉES
8. LA TRANSMISSION AUX AUTRES
9. MOISSONNER ET RETROUVER
10. DEUX TRAVERSÉES DÉTERMINANTES
11. DE LA MOISSON REÇUE À LA MOISSON PARTAGÉE
12. VENIR À JÉSUS, ENTRER DANS SON REPOS
13. CONCLUSION — SEMER, MOISSONNER ET DEMEURER DANS LE REPOS
INTRODUCTION — ENTRER DANS LE PARTAGE
Avant d’entrer dans le cœur de ce partage, permettez-moi de présenter ce sujet d’une manière simple et fraternelle. Lorsque nous parlons de semer et de moissonner, nous pensons souvent à une vérité bien connue, presque familière. Pourtant, cette parole biblique ne concerne pas seulement ce que nous faisons ; elle interroge aussi ce qui nous anime, ce que nous attendons, et la manière dont nous apprenons à laisser Dieu conduire le temps du fruit.
Ce texte n’a donc pas pour but de donner une leçon, mais de partager un chemin. Un chemin où la semence n’est pas seulement une action extérieure, mais une disposition du cœur : recevoir de Dieu, donner avec fidélité, attendre avec confiance, puis reconnaître, parfois longtemps après, ce que le Seigneur a fait croître selon Son temps et selon Sa volonté.
C’est dans cet esprit que je vous invite à recevoir ces lignes : non comme une étude théorique, mais comme le témoignage d’une marche où la semence, l’épreuve, la moisson et le repos en Jésus-Christ se répondent, jusqu’à nous apprendre que rien de ce qui est confié à Notre Père ne se perd entre Ses mains.
« Jette ton pain sur la face des eaux, car avec le temps tu le retrouveras. » Ecclésiaste 11:1
En relisant les deux versets choisis pour introduire ce sujet, j’imagine que certains parmi vous auront peut-être cette pensée : « Oui, la semence, je connais… » Pourtant, le Seigneur allait nous conduire à découvrir que semer ne se limite pas à un principe connu : au fil de la marche, cela devient une école de foi, de patience et de dépouillement.
Dès l’ouverture de cette réflexion, une question se pose donc à chacun de nous : à la lumière de ce que nous semons aujourd’hui, que sommes-nous appelés à moissonner et à partager, non selon nos intérêts personnels, mais pour satisfaire les désirs de Dieu et Lui obéir ?
L’apôtre Paul nous invite à ce regard intérieur : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. » 2 Corinthiens 13:5
LA SEMENCE CONFIÉE
Serviteurs de notre Seigneur Jésus-Christ, mon épouse et moi avons été saisis par le Saint-Esprit dès le jour de notre nouvelle naissance, en janvier 1977. Depuis lors, le Seigneur nous a façonnés et taillés comme des pierres brutes, afin de nous préparer à Son service. Sous la conduite de l’Esprit Saint, nous avons appris à jeter notre pain sur la face des eaux : à semer, par nos paroles et par nos actes, ce que nous recevions du Seigneur, dans la foi qu’au temps fixé nous Le retrouverions.
Devenus disciples, nous avons appris à soumettre notre vie à la discipline de l’Esprit, en nous laissant enseigner, corriger et conduire. Cette vie nouvelle, que notre Seigneur nous appelait à vivre au sein d’un monde marqué par la mort, devait être reçue, gardée et mise au service de Son œuvre. C’est au sein d’une équipe également appelée par Dieu que nous avons été conduits, afin d’être affermis dans la foi, perfectionnés dans le service et préparés à répandre, sur la face de ce monde, la semence reçue de notre vie en Christ.
Nous ne savions pas alors tout ce que ce chemin exigerait de nous. Il nous fallait apprendre à marcher non par la vue, mais par la foi, acceptant que la semence confiée par Dieu soit parfois déposée dans des terres inconnues, sans que nous puissions en mesurer aussitôt le fruit. Le Seigneur nous enseignait ainsi la patience du semeur : cette persévérance silencieuse qui continue d’avancer, même lorsque les saisons semblent longues et que la moisson tarde à paraître.
Peu à peu, nous avons compris que semer pour Dieu ne consistait pas seulement à parler de Lui, mais aussi à vivre devant les hommes une vie offerte, disponible et consacrée. Chaque parole d’encouragement, chaque geste d’amour, chaque service accompli dans l’humilité devenait une semence déposée dans le cœur de ceux que le Seigneur plaçait sur notre route. Rien n’était perdu lorsqu’il était accompli pour Lui, car ce qui est confié à Dieu porte toujours, en Son temps, le fruit qu’Il a préparé.
Ainsi, au fil des années, notre marche avec Christ est devenue une école de fidélité. Nous avons connu des temps de joie, mais aussi des temps d’attente, d’épreuve et de dépouillement. Pourtant, à travers chacun de ces passages, le Seigneur demeurait fidèle. Il nous rappelait que la moisson ne dépend pas de la force du semeur, mais de la puissance de Celui qui donne la croissance. Notre part était de demeurer obéissants, de continuer à semer avec foi et de Lui laisser le soin d’accomplir Son œuvre dans les cœurs.
Avec le recul, nous reconnaissons que le Seigneur ne nous a jamais demandé de produire par nous-mêmes ce que Lui seul pouvait faire naître. Il nous a plutôt appris à Lui offrir ce que nous avions reçu de Sa main, même lorsque cela nous semblait faible, modeste ou insuffisant. Comme le pain jeté sur la face des eaux, certaines paroles, certains engagements, certaines prières ont disparu de notre regard pendant un temps. Mais aucun acte d’obéissance accompli pour Dieu ne se perd dans l’oubli.
Il nous a fallu apprendre à ne pas juger la valeur d’une semence à sa petitesse apparente. Une visite, une écoute attentive, une parole dite au bon moment, une aide offerte sans bruit pouvaient devenir, entre les mains du Seigneur, le commencement d’une œuvre que nous ne soupçonnions pas. C’est ainsi que notre foi a été éduquée : non pas dans la recherche d’un résultat immédiat, mais dans la confiance paisible que Dieu veille sur ce qui Lui est confié.
Dans cette marche, nous avons aussi découvert que la semence devait d’abord produire son œuvre en nous. Avant d’être porteurs d’un message, nous devions être nous-mêmes travaillés par la Parole, visités dans nos profondeurs, corrigés dans nos intentions et affermis dans notre appel. Le Seigneur ne formait pas seulement des serviteurs capables d’agir ; Il formait des cœurs disposés à demeurer dépendants de Lui, afin que le fruit qui paraîtrait un jour porte l’empreinte de Sa grâce et non celle de nos propres forces.
LES PREMIERS FRUITS VISIBLES
Les premiers fruits visibles ne se sont pas manifestés de manière éclatante, mais dans la simplicité de vies touchées par la grâce de Dieu. Nous avons commencé à percevoir que certaines paroles semées avec crainte et tremblement trouvaient un écho dans les cœurs. Des personnes reprenaient courage, d’autres retrouvaient le chemin de la prière, d’autres encore découvraient que le Seigneur ne les avait pas abandonnées. Ces signes modestes étaient pour nous comme les premières pousses d’une moisson encore cachée.
Nous découvrions alors que le fruit de la semence ne se mesurait pas seulement au nombre ni à l’apparence extérieure, mais à la transformation discrète que Dieu opérait dans les vies. Un regard qui s’éclairait, une confiance qui renaissait, une paix retrouvée après un temps de trouble devenaient autant de témoignages silencieux de Son action. Le Seigneur nous apprenait à reconnaître Sa main dans ces commencements fragiles, et à ne pas mépriser le jour des petits commencements.
Ces premiers fruits ont fortifié notre foi et renouvelé notre zèle. Ils nous rappelaient que chaque semence déposée dans l’obéissance avait sa place dans le dessein de Dieu, même lorsque nous n’en connaissions ni le temps ni la manière. Nous comprenions davantage que notre appel n’était pas de maîtriser la moisson, mais de demeurer fidèles au geste du semeur : recevoir de Dieu, donner avec simplicité, puis attendre avec confiance que Lui-même fasse croître ce qui venait de Lui.
LES ÉPREUVES DU SERVICE
Mais ces premiers fruits n’ont pas fait disparaître les épreuves. Bien au contraire, nous avons découvert que le chemin du service comporte aussi des saisons de combat, d’incompréhension et parfois de solitude. Il arrive que la semence soit déposée avec larmes, dans des circonstances où rien ne semble favorable à sa croissance. Pourtant, même dans ces moments-là, le Seigneur nous rappelait que la fidélité du semeur ne se mesure pas à ce qu’il voit, mais à son attachement à Celui qui l’a envoyé.
Nous avons connu des temps où les attentes semblaient longues, où les réponses tardaient, où certaines portes se fermaient alors que nous pensions les voir s’ouvrir. Il y eut aussi des déceptions, des fatigues intérieures, des questions que nous portions devant Dieu sans toujours recevoir immédiatement de réponse. Ces passages nous ont dépouillés de nos assurances humaines et nous ont ramenés à l’essentiel : dépendre de Dieu, écouter Sa voix et continuer à avancer dans l’obéissance.
Avec le temps, nous avons compris que ces épreuves faisaient, elles aussi, partie de la préparation du Seigneur. Elles purifiaient nos motivations, élargissaient notre compassion et nous apprenaient à servir sans chercher à posséder le fruit. Le Seigneur travaillait en nous la patience, l’humilité et la confiance, afin que notre témoignage ne repose pas sur la réussite apparente, mais sur la fidélité de Sa présence au milieu même des difficultés.
L’APPEL REÇU PAR NOTRE COUPLE
C’est au cœur de cette marche — faite de semences modestes, de premiers fruits et d’épreuves formatrices — que l’appel de Dieu s’est précisé pour notre couple. Nous avons compris que le Seigneur ne nous appelait pas seulement à servir chacun de notre côté, selon nos dons personnels, mais à porter ensemble une même charge spirituelle. Notre union devenait ainsi un lieu de témoignage, un espace où Sa grâce pouvait se manifester dans la complémentarité, la prière commune et l’obéissance partagée.
Peu à peu, le Seigneur a orienté nos cœurs vers un service qui ne reposait pas sur l’initiative humaine, mais sur l’écoute de Sa volonté. Il nous apprenait à discerner ensemble les portes qu’Il ouvrait, les fardeaux qu’Il déposait en nous, les personnes vers lesquelles Il nous conduisait. Dans cette communion d’appel, nous découvrions que la semence confiée à l’un devait souvent être portée, arrosée et protégée par l’autre, afin que l’œuvre ne dépende pas d’un seul, mais de la grâce de Dieu agissant au milieu de nous.
Cet appel s’est confirmé dans la durée par la paix que le Seigneur mettait dans nos cœurs, mais aussi par les fruits qu’Il faisait paraître autour de nous. Lorsque nous avancions dans l’unité, dans la prière et dans la dépendance de Lui, nous voyions Sa main préparer les rencontres, ouvrir les circonstances et donner une portée inattendue à ce qui nous semblait simple. Ainsi, notre couple devenait, entre Ses mains, un instrument appelé à semer avec fidélité, à encourager, à relever et à accompagner ceux que Dieu plaçait sur notre chemin.
L’UNITÉ DANS LE SERVICE
Cette unité dans le service n’a pas été une réalité acquise une fois pour toutes ; elle a dû être cultivée, protégée et parfois reconquise dans la prière. Nous avons appris que servir ensemble ne signifiait pas toujours penser de la même manière, ni porter les choses avec la même sensibilité. Le Seigneur utilisait nos différences pour nous enseigner l’écoute, le renoncement à nous-mêmes et la recherche de Sa pensée au-dessus de nos préférences personnelles.
Dans les moments où nos regards pouvaient diverger, la prière commune devenait le lieu où le Seigneur ramenait nos cœurs à l’essentiel. Là, devant Lui, nous déposions nos raisonnements, nos inquiétudes et nos limites, afin de recevoir ensemble une direction plus juste. Ce n’était pas l’un de nous qui devait l’emporter sur l’autre, mais Christ qui devait garder la première place, afin que notre service demeure l’expression de Son œuvre et non celle de nos volontés propres.
Nous avons ainsi découvert que l’unité véritable ne consiste pas seulement à marcher côte à côte, mais à porter ensemble le même joug sous la conduite du Seigneur. Elle demande de l’humilité, du pardon, de la patience et une confiance renouvelée dans la grâce de Dieu. Lorsque cette unité était gardée, même au travers de nos fragilités, la semence confiée à notre couple pouvait être déposée avec plus de paix, plus de justesse et plus de force, parce qu’elle était portée dans l’accord des cœurs et dans la dépendance de Lui.
LA MATURITÉ ACQUISE AU FIL DES ANNÉES
Au fil des années, cette marche nous a conduits vers une maturité que nous n’aurions pas su produire par nous-mêmes. Elle n’est pas venue d’un savoir accumulé seulement, ni d’une expérience que l’on pourrait revendiquer, mais d’un long travail de Dieu dans nos cœurs. Le Seigneur nous a appris à reconnaître nos limites, à accueillir Sa correction sans nous décourager, et à laisser Sa grâce transformer progressivement notre manière de servir, de parler, d’attendre et d’aimer.
Nous avons compris que la maturité spirituelle ne se manifeste pas d’abord par la force, mais par la dépendance. Plus le temps passait, plus nous réalisions que nous avions besoin du Seigneur à chaque étape : pour discerner, pour pardonner, pour persévérer, pour reprendre courage et pour demeurer fidèles lorsque le fruit tardait à paraître. Cette dépendance, loin de nous affaiblir, devenait le lieu même où Sa puissance pouvait se déployer dans notre faiblesse.
Cette maturité nous a aussi appris à regarder la moisson avec un cœur apaisé. Nous ne cherchions plus à hâter ce que Dieu seul pouvait faire croître, ni à mesurer l’œuvre selon nos impatiences. Nous apprenions à nous réjouir des petites pousses, à confier les saisons stériles au Seigneur, et à croire que ce qui est semé dans l’obéissance demeure vivant entre Ses mains. Ainsi, les années ne nous ont pas seulement donné de l’expérience ; elles ont creusé en nous une confiance plus profonde dans la fidélité de Dieu.
LA TRANSMISSION AUX AUTRES
Cette maturité reçue au fil des années ne pouvait demeurer pour nous seuls. Nous avons compris que ce que le Seigneur avait semé, travaillé et fait grandir dans nos vies devait, à son tour, être transmis. Il ne s’agissait pas de donner des leçons, ni de présenter notre parcours comme un modèle, mais de partager avec simplicité ce que la grâce de Dieu nous avait enseigné dans la marche, dans le service, dans les épreuves et dans l’attente.
Transmettre, pour nous, c’était d’abord témoigner de la fidélité du Seigneur. C’était encourager ceux qui commençaient à semer à ne pas se décourager devant la petitesse des commencements, à ne pas mépriser les saisons cachées, et à croire que Dieu veille sur toute semence déposée dans l’obéissance. Nous désirions aider d’autres à reconnaître Sa main dans leur propre histoire, afin qu’ils apprennent à servir non dans la crainte de l’échec, mais dans la confiance en Celui qui donne la croissance.
Ainsi, la transmission est devenue une autre manière de semer. À travers l’écoute, le partage, l’accompagnement et la prière, nous pouvions remettre à d’autres ce que nous avions nous-mêmes reçu. Chaque encouragement donné, chaque expérience racontée avec vérité, chaque conseil offert dans l’humilité devenait une semence confiée au Seigneur. Et là encore, nous devions apprendre à ne pas en posséder le fruit, mais à le remettre entre Ses mains, sachant qu’Il saurait le faire croître en Son temps.
MOISSONNER ET RETROUVER
À ce stade du témoignage, une étape essentielle devait encore être éclairée : celle qui relie la semence à la moisson. Semer est une réalité fondamentale de la vie chrétienne. Moissonner — retrouver ce qui a été confié à Dieu — en est une autre. Entre ces deux réalités s’étend souvent un chemin que l’on ne maîtrise pas : un temps d’attente où la foi est éprouvée, où les motivations sont sondées, et où le Seigneur nous apprend à reconnaître que la moisson Lui appartient.
À plusieurs reprises, dans l’intimité avec notre Seigneur Jésus, j’ai entendu de Lui, en mon esprit : « Vous ferez de plus grandes choses ! » Cette parole, reçue comme une promesse, n’a pourtant pas trouvé immédiatement son accomplissement visible. Elle devait être portée dans la prière, gardée dans le cœur, puis éprouvée au travers d’un chemin où deux traversées allaient se révéler déterminantes pour notre couple et pour la compréhension de notre appel.
DEUX TRAVERSÉES DÉTERMINANTES
La première traversée fut le départ de notre fille aînée vers la maison de notre Père. Cette épreuve, indicible dans sa douleur, fut précédée, quelques jours auparavant, par un songe qui allait profondément marquer mon cœur. Je la voyais courir, telle une adolescente, et entrer avec élan dans un immense verger. Il n’y avait là que des pommiers, chargés d’une abondance de fruits. Leurs racines semblaient bien plantées sur la terre, mais la réalité des fruits appartenait aux lieux célestes, comme si elle échappait au regard humain.
Dans ce songe, elle me disait avec force : « Papa, je vois les fruits de votre ministère… » Ces paroles résonnèrent en moi comme une consolation venue d’en haut, mais aussi comme une révélation. Ce que nous avions semé dans l’obéissance, souvent sans en mesurer la portée, n’était pas perdu. Une part de cette moisson demeurait cachée à nos yeux terrestres, mais elle existait devant Dieu, dans une réalité plus haute que celle que nous pouvions percevoir.
Cette épreuve nous a placés devant l’un des plus grands mystères de la foi : continuer à croire en la bonté du Seigneur lorsque le cœur est brisé, et recevoir, au milieu des larmes, le témoignage que rien de ce qui est semé pour Lui ne disparaît. Le départ de notre fille ne pouvait être réduit à une explication humaine. Il demeurait une douleur profonde, mais, au sein même de cette douleur, le Seigneur déposait une lumière : les fruits de Son œuvre peuvent être réels, abondants, et pourtant invisibles à ceux qui marchent encore sur la terre.
La seconde traversée survint après une intervention miraculeuse par laquelle j’échappai à la mort. Peu de temps plus tard, je fus frappé par une cruralgie aiguë qui me laissa près d’une année sans pouvoir marcher. La douleur traversait mon corps comme des décharges électriques. Pourtant, au cœur même de cette immobilité, ce temps eut aussi ses bénéfices — le mot est juste — car, pour échapper à l’intensité de la souffrance, je fus conduit à me plonger plus profondément dans l’amour de Dieu.
Dans ces moments, il me semblait que mon esprit s’échappait de mon être pour entrer dans une communion plus profonde avec l’Esprit de Dieu, là où la perception de la douleur semblait s’effacer. Je l’exprime tel que je l’ai vécu : j’étais comme mis à nu devant la Parole Elle-même, dépouillé des discours superflus et de tous ces « blablas » qui encombrent parfois certaines prédications. Il ne restait qu’une présence, une vérité, une profondeur d’amour où tout devenait silence devant Dieu.
Dans cette nudité intérieure, une seule parole se faisait entendre dans mon esprit : « Je te donne le moyen d’en sortir. » Elle demeura en moi jusqu’au jour où le Seigneur me la fit entendre d’une manière inattendue par la bouche de notre médecin. Celui-ci me dit : « Monsieur Gravet, la médecine ne peut pas vous guérir. Avec la grâce que vous connaissez, guérissez-vous vous-même. » Ces mots furent pour moi comme l’écho extérieur de ce que Dieu avait déjà déposé au-dedans.
Trois jours plus tard, après avoir cessé de prendre les médicaments qui m’étaient prescrits, une autre parole vint avec force : « C’est maintenant ! » Alors, dans la foi, je me levai. Avec l’aide de cannes, je recommençai à faire mes premiers pas. Ce moment ne fut pas seulement le début d’un relèvement physique ; il devint pour moi le signe que le Seigneur ouvrait un passage là où toute issue semblait fermée, et que Sa parole, reçue dans l’épreuve, portait en elle la puissance de me remettre en marche.
Au terme de ces deux traversées, nous avons commencé à comprendre que « moissonner » et « retrouver » ne signifiaient pas seulement voir revenir sur la terre ce que nous avions semé, mais recevoir de Dieu une intelligence plus profonde de Son œuvre. Ce que nous retrouvions n’était pas toujours visible aux yeux humains ; c’était parfois une certitude intérieure, une consolation céleste, une révélation de fruits déjà portés devant Lui, ou encore la force de nous relever pour reprendre la marche. Ainsi, ces deux épreuves sont devenues pour nous des passages nécessaires : elles ont préparé nos cœurs à reconnaître la moisson non comme la récompense de nos efforts, mais comme le fruit de Sa fidélité, jusque dans ce qui nous échappe encore.
DE LA MOISSON REÇUE À LA MOISSON PARTAGÉE
Cette parole du Seigneur nous ramène à l’humilité du serviteur : tout ce que nous semons nous vient d’abord de Lui. Nous ne sommes pas propriétaires de la semence ; nous en sommes seulement les dépositaires.
David l’exprimait ainsi devant l’Éternel : « Tout vient de Toi, et nous recevons de Ta main ce que nous T’offrons. » 1 Chroniques 29:14
L’apôtre Paul le confirme encore lorsqu’il écrit : « Celui qui fournit de la semence au semeur et du pain pour sa nourriture vous fournira et multipliera votre semence, et Il augmentera les fruits de votre justice. » 2 Corinthiens 9:10
Autrement dit, Notre Père n’est redevable d’aucun des Siens. Tout ce qu’Il nous confie vient de Lui, tout ce que nous Lui offrons retourne entre Ses mains, et tout fruit qui paraît demeure l’expression de Sa grâce et de Sa fidélité.
Cette nuance est essentielle dans la discipline de la vie chrétienne : nous ne semons pas pour recevoir, ni pour que Dieu règle nos factures ou réponde à nos attentes comme s’Il nous devait quelque chose. Nous semons parce que nous sommes appelés à servir les intérêts du Royaume de Dieu, Notre Père. En Jésus-Christ, une libre entrée nous est donnée dans ce Royaume, non en raison de nos mérites, mais par pure grâce.
Dès lors, la moisson ne peut être comprise comme une dette que Dieu aurait envers les Siens. Elle relève de Sa souveraineté, de Sa fidélité et de Son calendrier. Notre Père fixe le temps de la moisson, et ce temps se mesure aussi à la maturité de notre perception spirituelle, à cette lecture d’En Haut que l’Esprit forme en nous. Plus notre regard est éclairé par Lui, plus nous apprenons à reconnaître les fruits véritables : non selon l’apparence immédiate, mais selon ce que Dieu révèle, accomplit et rend visible en Son temps.
Phrase clé : nous ne semons pas pour obtenir de Dieu, mais pour chercher d’abord Son Royaume, en Lui laissant le temps et la mesure de la moisson.
Cette phrase rappelle que la semence chrétienne n’est pas un échange marchand avec Dieu. Elle naît d’un cœur qui a reçu grâce et qui choisit de servir ce qui est éternel.
Chercher d’abord Son Royaume, c’est accepter que la valeur d’une semence ne se mesure pas à ce qu’elle nous rapporte immédiatement, mais à ce qu’elle accomplit selon la pensée de Dieu.
Ainsi, une parole d’encouragement donnée sans retour attendu, une visite faite dans la discrétion, une prière portée dans le secret, un pardon accordé sans calcul ou un service rendu sans être vu deviennent autant de semences déposées pour les intérêts du Royaume.
La moisson appartient alors à Notre Père : Il en fixe le temps, la forme et la portée, tandis que notre part demeure d’obéir, de semer et de garder les yeux ouverts sur ce que l’Esprit révèle.
Cette orientation rejoint l’enseignement de Jésus : « Cherchez premièrement le Royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Matthieu 6:33
Le temps des épreuves est passé. Aujourd’hui, un autre temps s’ouvre devant nous et témoigne des faveurs de Notre Père. Dans la solitude de notre ville côtière de Royan, à l’embouchure de la Gironde, beaucoup d’entre vous l’ont constaté : nos écrits se multiplient, non par notre propre volonté, mais comme un service auquel je suis personnellement appelé à œuvrer, sous le regard bienveillant de mon épouse.
Nous moissonnons désormais ce qui nous est donné de servir par l’écrit. Bien souvent, tout commence par un mot, une phrase ou une pensée que mon épouse et moi partageons. La particularité de ces écrits demeure celle-ci : avant d’être transmis à d’autres, ils nous nourrissent et nous rassasient nous-mêmes.
Ce que l’Esprit de Dieu nous enseigne, lorsque la semence est conforme à Ses désirs et déposée là où Il la destine, nous le moissonnons au temps fixé par Lui. Les fruits qu’Il nous donne alors de recevoir deviennent aussi des fruits à partager. Ainsi se confirme cette vérité : ce que nous semons, nous le moissonnerons. Et, encore aujourd’hui, le Seigneur confie de la semence aux semeurs, afin que Son œuvre se poursuive selon Sa volonté et pour Sa gloire.
Il y a donc une différence essentielle entre ce que nous semons pour moissonner dans l’ordre terrestre et ce qui relève de l’ordre céleste.
La terre peut nous donner à voir certains fruits visibles, mesurables, parfois encourageants pour la foi. Mais il existe une autre moisson, plus profonde, que seul le regard éclairé d’En Haut peut discerner : celle qui vient de Dieu, qui appartient à Son Royaume, et qui porte en elle une portée éternelle.
C’est dans cette perspective que nous pouvons faire un parallèle avec l’apôtre Jean, exilé sur l’île de Patmos. Dans la solitude et l’épreuve, il reçut la grâce d’accéder à la réalité du Trône, et d’y moissonner du céleste une révélation destinée à être partagée avec l’Église, y compris pour notre temps présent.
L’ordre qui lui fut donné exprime clairement cette responsabilité de recevoir, d’écrire et de transmettre : « Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver après elles. » Apocalypse 1:19
Un autre verset précise encore la destination de ce qui est reçu d’En Haut : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises. » Apocalypse 1:11
Dès lors, une question demeure ouverte pour nous : tenons-nous réellement compte de ce que Dieu nous donne à discerner, à recevoir et à transmettre depuis cette lecture d’En Haut ?
Semer pour Dieu, ce n’est pas chercher un retour à notre avantage ; c’est répondre aux désirs de Son cœur. C’est choisir de bien faire lorsque personne ne voit, persévérer dans l’obéissance lorsque le fruit demeure caché, et servir Son Royaume avec cette assurance : rien de ce qui est déposé selon Sa volonté ne se perd. Alors la moisson véritable vient d’En Haut. Elle porte le fruit de notre persévérance dans le bien-faire, affermit notre paix intérieure et nous fait entrer plus profondément dans le repos du Seigneur Jésus-Christ.
VENIR À JÉSUS, ENTRER DANS SON REPOS
Cette promesse du repos trouve son accomplissement dans l’invitation du Seigneur : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Matthieu 11:28
Venir à Jésus, ce n’est pas seulement faire un pas vers Lui lorsque nos forces le permettent ; c’est aussi, lorsque le corps ne peut plus avancer, orienter intérieurement tout notre être vers Sa présence. Dans la fatigue, la souffrance et l’incapacité de marcher, je suis allé vers Lui dans les profondeurs de l’amour du Père, délaissant tout contrôle, toute maîtrise et toute prétention à pouvoir m’en sortir par moi-même. Entouré par l’amour fidèle de mon épouse, dans une dépendance devenue totale, je ne pouvais plus diriger mon corps ; mais mon esprit, lui, pouvait encore se tourner vers Celui qui demeure le chemin, la vérité et la vie.
Jésus le déclare Lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par Moi. » Jean 14:6
Entendons bien cette parole : nul ne vient au Père que par Jésus. Ce chemin ne s’ouvre pas par notre propre volonté, ni par nos forces, ni par notre capacité à nous relever nous-mêmes. Il s’ouvre par Lui, en Lui et avec Lui. Lorsque tout contrôle nous échappe, lorsque nos appuis humains disparaissent, il demeure encore ce passage intérieur : se tourner vers Jésus, recevoir Sa grâce, et laisser Son Esprit nous conduire dans l’amour du Père.
Cette vérité rejoint la parole adressée par l’Éternel : « Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par Mon Esprit, dit l’Éternel des armées. » Zacharie 4:6
CONCLUSION — SEMER, MOISSONNER ET DEMEURER DANS LE REPOS
Au terme de ce témoignage, une vérité demeure avec force : ce qu’un homme sème, il le moissonnera aussi. Cette parole n’est pas une idée abstraite ; elle traverse nos choix, nos renoncements, nos fidélités cachées, nos larmes et nos obéissances silencieuses. Semer, c’est déposer entre les mains de Dieu ce que nous avons reçu de Lui, sans toujours voir aussitôt le fruit, mais avec l’assurance que rien de ce qui est confié à Son cœur ne disparaît.
Cette vérité demande aussi une intention purifiée. Nous ne semons pas pour contraindre Dieu à répondre à nos attentes, ni pour faire de la moisson la récompense de nos efforts. Nous semons pour satisfaire les désirs du cœur de Notre Père, servir les intérêts de Son Royaume et laisser Jésus-Christ régner sur notre manière de donner, d’aimer, d’attendre et de transmettre. La vraie semence naît d’un cœur rendu libre par la grâce ; elle ne cherche pas à posséder le fruit, mais à honorer Celui qui donne la croissance.
Alors, la moisson prend une profondeur nouvelle. Elle peut apparaître sur la terre par des vies relevées, des cœurs encouragés, des paroles transmises ou des écrits partagés. Mais elle se reçoit aussi d’En Haut, dans cette lecture spirituelle que l’Esprit forme en nous, lorsque Dieu révèle des fruits invisibles aux yeux humains, mais réels devant Lui. Moissonner, c’est parfois voir ; c’est aussi comprendre, discerner, recevoir, puis remettre à d’autres ce que le Seigneur nous confie pour l’édification de Son Église.
C’est pourquoi nous pouvons continuer à semer sans nous lasser, même lorsque le chemin demeure caché, lorsque la fatigue se fait sentir ou lorsque le fruit tarde à paraître. L’Écriture nous y encourage : « Ne nous lassons pas de faire le bien ; car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas. » Galates 6:9
Ainsi, semer et moissonner selon Dieu nous conduit finalement au repos du Seigneur Jésus-Christ. Non pas au repos de l’inaction, mais à celui de la confiance : recevoir de Lui, obéir avec simplicité, transmettre avec humilité, puis Lui laisser le temps, la forme et la portée du fruit. Dans ce repos, le semeur cesse de se posséder lui-même ; il devient serviteur d’une œuvre qui le dépasse, témoin d’une fidélité qui ne faillit pas, et dépositaire d’une moisson destinée à être partagée pour la gloire de Dieu.
C’est dans cette assurance que nous pouvons demeurer fermes : « Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. » 1 Corinthiens 15:58
Avant de conclure par cette prière, je tiens à remercier chacun de vous pour l’attention portée à ce partage. Que ces lignes puissent encourager, éclairer et fortifier ceux qui désirent semer avec fidélité, attendre avec confiance et reconnaître, en Son temps, les fruits que Notre Père fait paraître. |
Que Notre Père, dans Sa grâce, bénisse chacun de ceux qui recevront ces lignes. Qu’Il fasse fructifier dans les cœurs la semence de Sa Parole, qu’Il fortifie ceux qui persévèrent dans le bien-faire, et qu’Il donne à chacun de reconnaître, en Son temps, la moisson qu’Il aura Lui-même préparée. Que le Seigneur Jésus-Christ conduise nos pas dans Son repos, et que l’Esprit Saint éclaire notre regard afin que nous sachions recevoir d’En Haut, garder avec foi et partager avec humilité ce qui vient de Dieu.
Avec affection fraternelle, dans la paix du Seigneur,
Yves GRAVET
« Ce qui est semé dans la foi ne se perd jamais entre les mains de Dieu. » |
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