« FAISONS L’HOMME À NOTRE IMAGE »
Une parole à décrypter
« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu,
il créa l’homme et la femme. » Genèse 1 :27
Yves GRAVET
Royan, 2026
Introduction : entrer dans la parole du « Faisons »
La phrase « Faisons l’homme à notre image » apparaît au sixième jour du récit de la création.
D’un point de vue grammatical, « faisons » est le verbe principal de la proposition. Il est conjugué à la première personne du pluriel et exprime une action collective.
Placé au début de la déclaration, il introduit directement l’action qui va suivre, à savoir la création de l’être humain. Ce verbe se trouve dans le livre de la Genèse, chapitre 1, verset 26, juste avant le récit de la création de l’homme et de la femme.
Toutefois, une précision grammaticale s’impose : « faisons » n’est pas ici un impératif ordinaire adressé à quelqu’un. Il s’agit plutôt d’une forme délibérative, employée avec le sens de « créons » ou « allons faire ».
C'est cette nuance qui rend la formule particulière dans le texte biblique.
Ce verset souligne la dignité particulière de l’être humain dans la création. Il présente l’homme comme créé à l’image de Dieu et appelé à exercer une responsabilité bienveillante sur le monde vivant.
« Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » Genèse 1 :26
Figure 1 — La Parole créatrice appelle l’humanité à l’existence.
Qui parle derrière le « Faisons » ?
Une question s'impose : qui s'exprime lorsque le verbe « Faisons » se fait entendre ?
Tout au long du récit de la création, c'est la parole qui agit : « Dieu dit », puis ce qui est énoncé advient.
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Toutes choses ont été faites par elle. » Jean 1 :1-3
La Parole n’est donc pas une simple description : elle est créatrice. Lorsque retentit l’expression « Faisons l’homme à notre image », le lecteur rencontre alors une singularité : celui qui parle emploie le pluriel. À qui s’adresse cette parole ?
Est-elle une délibération intérieure, un dialogue, ou l’expression d’une pluralité présente au sein même de la Parolecréatrice, que la tradition chrétienne nommera plus tard Trinité ?
Le texte ne répond pas explicitement à cette interrogation, mais il la fait naître. Ainsi, le verbe « faisons » ne se limite pas à annoncer la création de l'homme ; il ouvre une réflexion sur l'identité du sujet qui parle et sur la nature même de la Parole créatrice.
Qui donc, par définition, est identifiable dans cet ordre donné ?
Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’imposer une lecture théologique au texte. Il s’agit plutôt d’inviter le lecteur et la lectrice à regarder attentivement ce que la Sainte Écriture donne elle-même à comprendre. Le récit offre un premier repère : la création advient par la Parole. Dieu dit, et ce qui est dit prend forme. La question n’est donc pas d’abord de définir une doctrine, mais de suivre le mouvement du texte afin de discerner qui agit, qui parle, et comment cette Parole créatrice se révèle dans le récit.
Cette démarche ne consiste pas à écarter le travail des théologiens, ni à le mépriser. Elle cherche simplement à revenir à ‘l’a.b.c.’ de la lecture : lire ce qui est écrit, écouter ce que le texte fait entendre, puis avancer pas à pas dans les indices qu’il met sous nos yeux.
Derrière le verbe « Faisons », le récit donne d’abord à entendre Dieu qui parle. Mais cette Parole se présente sous une forme plurielle.
La question se pose alors ainsi : qui se présente, dans cette œuvre créatrice, sous cette forme plurielle ?
Du pluriel biblique à la Sainte Trinité
Il y a un seul Dieu. Pourtant, dans cet ordre créateur, la Parole se donne à entendre au pluriel : « Faisons ».
Ce pluriel ne divise pas Dieu ; il ouvre une piste de lecture qui conduira la tradition chrétienne à reconnaître, au cœur de l’unique Dieu, Trois Personnes.
Les traductions françaises les nomment généralement : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; toutefois, le retour à l’hébreu biblique permet d’entendre aussi, derrière l’Esprit, la Rouah vivifiante.
À ce stade, il ne s’agit pas de remplacer les noms traditionnels de la Trinité, mais de revenir à la langue du texte pour entendre ce que la traduction française peut parfois rendre moins visible : le souffle de vie, la Rouah, porte une résonance féminine qui éclaire autrement la relation entre Dieu, la vie et l’humanité créée homme et femme.
Ainsi, la Sainte Trinité n’est pas introduite ici comme une idée abstraite, mais comme une piste de lecture ouverte par le texte lui-même : l’unique Dieu se laisse entendre dans cette Parole créatrice comme Trois Personnes, unies dans un même acte de création et de vie.
Dès lors, lorsque retentit la parole : « Faisons l’homme à notre image », le pluriel de « Faisons » et de « notre » peut être entendu comme l’écho de cette unité vivante. Ensemble, au cœur de l’unique Dieu, le Père, le Fils et la Rouah vivifiante sont engagés dans l’acte créateur : le Père veut, le Fils accomplit, et la Rouah vivifiante donne vie.
Cette lecture du pluriel ouvre donc un passage : il ne s’agit plus seulement de demander qui parle dans le « Faisons », mais de regarder ce que cette Parole accomplit. Car la Parole ne demeure pas au niveau de l’intention ; elle entre dans l’acte créateur. Elle appelle l’être humain à l’existence, le situe dans la création, puis le marque d’une vocation singulière : porter l’image de Dieu.
Création de l’humain : homme et femme à l’image de Dieu
L’acte créateur de l’homme
Dans le récit de la Genèse, l’acte créateur de l’homme occupe une place singulière. Jusqu’ici, la création avance par une parole efficace : Dieu dit, et ce qui est nommé apparaît. Mais lorsqu’il s’agit de l’homme, le texte marque un arrêt, comme si l’acte qui va suivre demandait une attention particulière : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance ».
L’homme n’est donc pas simplement ajouté au monde créé. Il est introduit comme un être voulu, nommé dans le projet divin avant même que l’acte soit accompli.
Le pluriel de « faisons » et de « notre » fait entendre que cette création touche à l’intimité même de Dieu. Il ne s’agit plus seulement de faire surgir une réalité extérieure, mais de créer un être capable de porter une image, une ressemblance, une vocation.
Ainsi, ce pluriel ne divise pas Dieu ; il invite à reconnaître, au cœur de l’unique Dieu, une parole commune engagée dans l’acte créateur. L’homme est alors créé non seulement comme vivant parmi les vivants, mais comme être appelé à porter l’image de Dieu.
« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. » Genèse 1 :27
Figure 2 — Homme et femme, ensemble appelés à porter l’image de Dieu.
Genèse 2 apporte alors un second éclairage : l’homme est façonné avec la poussière du sol, puis reçoit le souffle de vie. Cette double indication est importante.
« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. » Genèse 2 :7
D’une part, l’homme appartient à la terre ; il est tiré d’une matière humble, commune, fragile.
D’autre part, il ne devient vivant que par le souffle que Dieu lui communique. Son existence se tient donc à la rencontre de la terre et du souffle divin.
Ainsi, l’acte créateur de l’homme révèle à la fois sa grandeur et sa dépendance.
Sa grandeur, parce qu’il est créé à l’image de Dieu ; sa dépendance, parce qu’il ne possède pas la vie en lui-même. Il la reçoit.
Le texte invite donc le lecteur et la lectrice à reconnaître que l’homme n’est pas seulement un vivant parmi les vivants : il est un être appelé à refléter quelque chose de Dieu dans la création.
Un autre passage confirme cette lecture. En Genèse 5:1-2, le texte reprend l’acte créateur en disant que Dieu fit l’homme à sa ressemblance, puis précise aussitôt : « Il les créa homme et femme ; il les bénit et leur donna le nom d’Homme, le jour où ils furent créés ». Ce rappel montre que le mot « Homme » peut désigner l’humanité entière : l’homme et la femme ensemble, bénis dans une même origine et une même vocation.
Mais cette vocation ne demeure pas enfermée dans l’homme seul. Après avoir montré l’homme façonné de la poussière et rendu vivant par le souffle de Dieu, le récit poursuit son mouvement : l’humanité appelée à porter l’image de Dieu va se déployer dans la relation. C’est alors qu’intervient l’extraction de la femme, non comme une rupture avec l’acte créateur de l’homme, mais comme son prolongement.
L’extraction de la femme
Après avoir présenté l’homme comme façonné de la poussière du sol et animé par le souffle de vie, le récit de Genèse 2 conduit le lecteur vers une autre étape : la formation de la femme.
Le texte ne la présente pas comme une créature étrangère à l’homme, ni comme une réalité ajoutée de l’extérieur. Il dit que le Seigneur Dieu prend une part de l’homme, puis en façonne la femme.
« L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. » Genèse 2 :22
L’extraction de la femme signifie que celle-ci procède de la même humanité que l’homme. Le texte ne la présente pas comme une créature étrangère, ni comme une réalité inférieure ou ajoutée de l’extérieur.
En la tirant de l’homme, Dieu manifeste une unité profonde entre eux : elle partage sa chair, sa vie et son origine. C’est pourquoi l’homme peut reconnaître en elle un véritable vis-à-vis, et dire : « os de mes os et chair de ma chair ».
Ainsi, la femme n’est pas créée pour être placée à distance de l’homme, mais pour se tenir en correspondance avec lui. L’extraction révèle que l’humanité ne se comprend pas dans l’isolement, mais dans la relation.
Homme et femme apparaissent alors comme deux présences distinctes, issues d’une même humanité, appelées ensemble à porter l’image de Dieu.
Dans cette lecture, l’extraction de la femme n’est pas un détail secondaire. Elle prolonge la parole de Genèse 1 : l’être humain est créé à l’image de Dieu, homme et femme.
L’un et l’autre portent cette dignité, non pas séparément comme deux humanités opposées, mais ensemble, dans une relation où chacun reconnaît en l’autre une même origine, une même chair, et une même vocation à refléter quelque chose de Dieu dans la création.
La femme, signe naturel de la vie donnée
Ainsi, l’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu le Père, de Dieu le Fils et de la Rouah vivifiante, qui donne la vie.
Dans le naturel de notre monde, qui donne la vie ?
C’est la femme qui porte l’enfant, qui l’enfante, et par qui la vie humaine devient visible dans la chair.
Ainsi, sans confondre la créature avec le Créateur, le récit permet d’apercevoir une correspondance : dans l’ordre divin, la Rouah vivifiante donne la vie ; dans l’ordre naturel, la femme manifeste cette capacité de recevoir, porter et transmettre la vie.
Masculin grammatical, féminin biblique et rouah vivifiante
Dès lors, une question s’impose : comment entendre la formule courante de nos traductions françaises — Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit — sans réduire Dieu au seul masculin grammatical ? Ces appellations traditionnelles demeurent, mais elles ne signifient pas que l’image de Dieu soit exclusivement masculine.
Le mot « homme » peut alors être compris au sens générique d’« être humain », comprenant le masculin et le féminin.
Ainsi, Dieu le Père, Dieu le Fils et la Rouah vivifiante, souffle de vie, disent ensemble, d’une même voix : « Faisons l’être humain à notre image ».
Dans cette lecture, la Rouah marque la dimension vivifiante que la femme manifeste dans l’ordre naturel : recevoir, porter et transmettre la vie.
Le récit précise ensuite que cette humanité créée à l’image de Dieu se déploie comme homme et femme.
Le masculin générique désigne donc une manière de parler où un mot de forme masculine peut représenter l’ensemble de l’humanité, sans exclure le féminin.
Toutefois, cette manière de dire peut devenir ambiguë si elle fait oublier que le texte biblique précise aussitôt : l’image de Dieu concerne l’homme et la femme.
Il importe donc de ne pas laisser le masculin grammatical absorber le féminin.
Cette distinction devient d’autant plus importante lorsque l’on revient à la langue hébraïque. En français, le masculin peut fonctionner comme un masculin grammatical générique ; il sert alors à désigner l’ensemble de l’être humain.
Mais en hébreu biblique, certains mots qui touchent au souffle, à la vie ou à la présence agissante de Dieu peuvent porter une résonance féminine. C’est notamment le cas du mot Rouah, souvent traduit par souffle ou esprit.
Ainsi, la lecture ne doit pas se limiter à l’apparence masculine de la traduction française : elle doit aussi entendre que, dans la langue du texte, la vie donnée par le souffle de Dieu ouvre une profondeur où le féminin n’est pas effacé.
Dans cette perspective, la Rouah vivifiante devient une manière de faire entendre cette dimension : celle du souffle qui reçoit, porte, anime et transmet la vie.
Figure 3 — La Rouah vivifiante, souffle de vie qui anime la création.
En conclusion, il y a un seul Dieu. Pourtant, ce Dieu unique se laisse reconnaître dans l’acte créateur selon trois Personnes : le Père, le Fils et la Rouah vivifiante.
Cette formulation ne cherche pas à abolir l’appellation reçue de Saint-Esprit, mais à faire entendre, au cœur de la Trinité, la Personne vivifiante que le souffle de Dieu manifeste.
Ainsi, sans identifier la femme à la Rouah vivifiante ni confondre la créature avec le Créateur, le texte permet de reconnaître une correspondance : dans l’ordre divin, la Rouah vivifiante donne la vie ; dans l’ordre naturel, la femme reçoit, porte et transmet la vie.
« Vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » Romains 8 :15
Figure 4 — L’unique Dieu se laisse reconnaître comme communion vivante dans l’acte créateur.
Prière au Nom de Jésus
Au Nom de Jésus, Père saint, nous nous tenons devant toi avec humilité. Que l’œuvre de la Rouah vivifiante, souffle vivant de Dieu, vienne toucher les profondeurs de nos cœurs, réveiller ce qui s’est endormi, relever ce qui s’est éloigné, et ranimer en nous le désir de ta présence.
Que ce souffle de vie traverse nos pensées, nos paroles et nos actes, afin que chaque cœur puisse revenir vers toi, non par contrainte, mais par amour. Attache-nous au Père, dans la paix du Fils, et fais grandir en nous une fidélité simple, profonde et vivante.
Que l’œuvre de la Rouah vivifiante souffle encore la vie là où il y a sécheresse, lumière là où il y a confusion, et retour là où il y a éloignement. Qu’elle conduise les cœurs à reconnaître le Père, à s’attacher à lui, et à demeurer dans sa volonté.
Fais descendre ta paix sur nos cœurs, nos familles, nos communautés et sur le monde.
Que cette paix apaise les blessures, dissolve les divisions, réconcilie ce qui est séparé, et nous garde attachés au Père dans l’amour, la confiance et l’unité.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. » Jean 14 :27
Figure 5 — La paix de Dieu accompagne le chemin de ceux qui demeurent dans son amour.
Nous te le demandons avec confiance, au Nom de Jésus. Amen.
Bénédiction finale et envoi fraternel
Que la bénédiction du Père, la grâce de Jésus-Christ et le souffle vivant de la Rouah vivifiante reposent sur chacun de nous, aujourd’hui et toujours. Que nos cœurs demeurent unis dans la paix, enracinés dans l’amour, et fidèlement attachés au Père.
Avec mes salutations chaleureuses et fraternelles en Jésus.
« Que le Seigneur dirige vos cœurs vers l’amour de Dieu et vers la patience de Christ. » 2 Thessaloniciens 3 :5
Que cette parole demeure ouverte en nous comme un appel à recevoir, porter et transmettre la vie de Dieu.
Yves GRAVET
Serviteur de Jésus-Christ